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Marseille Louis Vuitton Act 1 : la Coupe a amorcé son nouveau virage…

Avec le Marseille Louis Vuitton Act 1, un vent de renouveau et de fraîcheur a soufflé sur le plus vieux trophée sportif du monde. Jamais dans l’histoire de la Coupe les Challengers et le Defender ne s’étaient retrouvés sur une même ligne de départ, quatre ans avant le coup d’envoi de l’événement lui-même. Cette formule originale a remporté tous les succès auprès des acteurs et des spectateurs. La Coupe a bien amorcé son nouveau virage européen…

Pas de secrets sur le J4
Depuis l’affaire de la quille à ailettes d’Australia 2 en 1983, l’America’s Cup est traditionnellement une histoire de secrets. Pendant les années d’intervalle qui séparaient deux éditions, chaque équipe gardait bien au chaud ses trouvailles techniques ou architecturales et naviguait dans son coin, à l’abri des regards indiscrets de ses futurs concurrents.

Le premier Acte de la 32ème America’s Cup a bouleversé cet état de fait, faisant souffler un vent nouveau sur les quais et le plan d’eau de Marseille. Les six équipes partageant le même territoire du J4, sans barrières ni palissades, containers ouverts et bateaux exposés aux yeux experts de tous les concurrents, ont vécu une semaine en l’absence de toute paranoïa. Les trois gros syndicats de la dernière édition de la Coupe se sont eux-mêmes dévoilés sans complexe : la fameuse « hula » de NZL 82 qui avait fait coulé tant d’encre en 2003 à Auckland, la machine de guerre d’Alinghi vainqueur des kiwis 5-0, et le redoutable Class America de BMW ORACLE n’ont pas fait dans la pudeur. Normal, si l’on sait que toutes ces belles machines naviguaient encore sous l’ancienne jauge et qu’elles seront modifiées ou remplacées en 2005 pour être en mises conformité avec la toute nouvelle (version 5).

Premiers tests pour les futurs concurrents
Le Marseille Louis Vuitton Act 1 était aussi une occasion inouïe de faire se rencontrer les équipes un an et demi à peine après l’America’s Cup Match de 2003. En ce sens, le Defender avait pour la première fois l’opportunité d’être confronté à ses futurs concurrents…fait pratiquement inédit dans l’histoire de la Coupe.
Les trois premiers jours de régate en flotte ont de toute façon offert la possibilité à chacun de prendre la mesure de la concurrence.
Mais les six syndicats en présence étaient loin d’être logés à la même enseigne. Face aux trois grosses écuries qui ont déjà trouvé leur financement pour la campagne 2007 et qui n’ont cessé de naviguer avec des équipages aguerris, il y avait trois petits Poucets. Et parmi eux, la toute jeune équipe sud-africaine de Team Shosholoza dont 90 % de l’équipage n’avait jamais navigué sur un « gros » bateaux avant les entraînements à Cape Town.

Les régates en flotte : une « vieille nouveauté »
Ces régates en flotte renouaient aussi avec les prémices de l’America’s Cup et la fameuse régate autour de l’île de Wight de 1851 remportée par la goélette America face au fleuron de la flotte britannique. Mais depuis, c’est l’art du duel qui s’était imposé, faisant du match –racing la discipline caractéristique de l’America’s Cup. L’instauration de régates en flotte était donc une nouveauté.

Les gros dominent, les petits apprennent
A Marseille, elles furent caractérisées par trois jours de brise et la domination de Chris Dickson et son équipe à bord de BMW ORACLE Racing qui termine en tête du classement devant leurs éternels prétendants Alinghi et Emirates Team New Zealand. Avec entre 15 et 30 nœuds de Sud-Est soufflant en rade de Marseille, ce premier test en flotte s’est avéré musclé et sans pitié pour les équipages peu entraînés ou pour le matériel défectueux. Quatrièmes à l’issue de ces trois jours de courses spectaculaires, les Français de K-Challenge ont fait très bonne impression en s’immisçant entre les deux « divisions » représentées d’un côté par les équipes américaines, suisse et néo-zélandaise et de l’autre par les Sud-africains et les Français du DEFI. Avec seulement quatre jours de navigation ensemble, les hommes de Thierry Peponnet se sont montrés étonnamment à leur aise et surtout confortés dans leur choix d’acquisition (NZL 57, le sistership de NZL 60, vainqueur en 2000). Cinquième, Team Shosholoza s’est retrouvé « à sa place » et peut-être mieux. En jouant la carte de la sécurité dans la brise, les Sud-africains s’en sont sortis sans bobos matériels, leur permettant de damer le pion à l’équipage du DEFI qui lui, au contraire, sera victime de casses à répétition. A bord du Class America rouge, neuf spis seront déchirés au total, sans compter le reste. La vétusté du matériel du DEFI était aussi le révélateur de la santé financière du syndicat, toujours à la recherche de partenaires. Mais les hommes de Philippe Presti ont prouvé plus tard, pendant les phases de match racing, qu’ils étaient capables de bien mieux,.

Trois jours de duels au contact
Après une journée de repos, transformée pour certains en journée de labeur à terre, la discipline reine de l’America’s Cup, le match racing, entrait en scène le jeudi pour un unique round robin. Toutes les équipes devaient donc se rencontrer une fois en combat singulier. Sur le papier et sur l’eau, les matchs opposant les trois grosses écuries valaient le détour. Mais certains syndicats ont réussi à menacer l’ordre établi et à créer la surprise. A commencer par LE DEFI qui mettra à mal la domination de BMW ORACLE – barré pour l’occasion par Bertrand Pacé – pendant plus de la moitié de la manche. Vendredi était une journée spéciale avec un match au sommet opposant Emirates Team New Zealand à Alinghi, remake de la finale de 2003. Laminés 5-0 un an et demi plus tôt, Dean Barker et ses hommes prendront cette fois leur revanche sur le nouveau Defender mené par Peter Holmberg.
Ce jour là, le duel franco-français s’est transformé en combat de coques et fut probablement le plus disputé de toute l’épreuve, avec une collision pendant les phases de circling. Très à l’aise dans les départs, Philippe Presti et sa cellule arrière viendront à bout de Thierry Peponnet et son équipe. K-Challenge perdra sa quatrième place au général lors de cette rencontre. Ils se rattraperont le dernier jour en assurant le spectacle au cours d’une superbe régate face aux kiwis.

Avantage au Challenger of Record
Au final, la logique des forces en présence a été respectée. Les Américains de BMW ORACLE qui n’avaient cessé de travailler (navigation et évolutions apportées au bateau) depuis la fin de la précédente édition de la Coupe remportent cet Acte 1, une victoire qui leur était promise dès la veille de la clôture. Ils devancent Alinghi et Emirates Team New Zealand. Mais il est intéressant de noter que ce sont les régates en flotte et non le match racing (elles ont remporté le même nombre de matchs) qui départagent les trois équipes sur le podium. LE DEFI (quatrième) et K-Challenge (cinquième) terminent ex æquo en points, tandis que Team Shosholoza, moins à l’aise dans l’art du duel, ferme la marche.

Du grand spectacle et des enseignements
Au delà des résultats sportifs, cet Acte 1 s’achève sur un air de succès. Tous les acteurs de la Coupe ont été enthousiasmés par ce lever de rideau, que ce soit pour l’accueil du public marseillais, pour la beauté du stade nautique de la Rade Sud, la météo, ou le format des courses. La route est encore longue jusqu’en 2007, mais d’ici là, cette formule de pré-régates permet de faire vivre l’America’s Cup tous azimuts. Les équipes en sortent riches de nouveaux enseignements leur permettant de partir sur de solides bases de travail, les organisateurs prennent progressivement la mesure de l’événement, les partenaires sont mieux exposés, et les spectateurs peuvent s’en mettre plein les yeux.
Au mois d’octobre, le spectacle continue avec les Actes 2 et 3 organisés à Valence, ville-hôte de la 32ème America’s Cup.

Camille El Beze



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